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5 min de lectureEl Hadj Sylla

Sur mesure ou SaaS ? La grille de décision honnête

Quand faut-il développer son propre outil et quand faut-il acheter un SaaS ? Une grille de décision concrète pour ne pas se tromper.

développementméthodedirigeants

C'est sans doute la décision IT la plus mal tranchée en PME : faut-il acheter un SaaS existant ou développer un outil sur mesure ?

Les deux extrêmes sont mauvais conseillers. "Tout doit être sur mesure" mène à des projets infinis qui ne livrent rien. "Il y a forcément un SaaS pour ça" mène à un empilement d'outils qui ne se parlent pas et coûtent une fortune.

Voici la grille de décision qu'on utilise réellement.

La règle des 80/20 inversée

Pour un besoin métier donné, posez-vous cette question :

Si je liste tout ce que cet outil doit faire, est-ce qu'au moins 80 % est commun à toutes les entreprises de mon secteur ?

Si oui → SaaS. C'est un terrain où les éditeurs ont déjà investi des dizaines de millions. Vous ne ferez pas mieux pour 30 000 €.

Si non → sur mesure (au moins partiellement). Si plus de 20 % de votre besoin est spécifique, le SaaS va vous frustrer : il manquera toujours la fonctionnalité critique, et les contournements vont s'accumuler.

Exemple :

  • Compta → SaaS. Aucune PME ne fait sa compta différemment des autres.
  • Outil de relance des factures clients → SaaS suffit dans 80 % des cas.
  • Logiciel qui pilote une chaîne de production spécifique → sur mesure. Aucun SaaS ne sait ce que font vos machines.
  • CRM → SaaS dans 90 % des cas, sauf si votre processus de vente est vraiment atypique.

Les questions qui changent la réponse

1. Combien d'utilisateurs ? Plus vous avez d'utilisateurs, plus le SaaS coûte cher. À 20 utilisateurs, un SaaS à 30 €/utilisateur/mois = 600 €/mois = 7 200 €/an. Sur 5 ans : 36 000 €. À ce niveau, un développement sur mesure peut s'amortir.

2. Quelle valeur stratégique ? Si l'outil fait votre différence sur le marché, sur mesure. Si c'est un outil de support invisible (compta, paie, RH), SaaS.

3. Quelle vitesse de changement ? Si vos process changent tous les 6 mois, le SaaS deviendra rapidement limitant. Si c'est stable, le SaaS suffit.

4. Quelles intégrations ? Si vous avez besoin de connecter 5+ systèmes ensemble, soyez vigilant sur les SaaS. Beaucoup ont des APIs limitées ou payantes au volume.

Le piège du "low-code / no-code"

Les plateformes no-code (Bubble, Retool, Airtable, etc.) ont leur place, mais elles cumulent les deux risques :

  • Elles ne sont pas du SaaS pur — vous y mettez de la logique métier
  • Elles ne sont pas du sur mesure — vous êtes limité par la plateforme

Quand le no-code marche : pour un MVP rapide, un outil interne simple, ou un PoC qu'on remplacera plus tard.

Quand ça finit mal : quand l'outil no-code grossit, on découvre qu'on dépend totalement de la plateforme, qu'on ne peut pas exporter proprement, et que les coûts explosent au volume. À 5 utilisateurs, 40 €/mois. À 50 utilisateurs, 2 000 €/mois.

Le vrai coût total du SaaS

Le coût SaaS visible (l'abonnement) cache souvent 3 coûts invisibles :

Verrouillage des données. Vos données sont dans leur format. Sortir proprement, c'est un projet à part entière.

Contournements coûteux. Quand le SaaS ne fait pas exactement ce qu'il faut, les équipes développent des hacks (exports Excel, scripts manuels, processus parallèles). Comptez 2 à 5h/semaine perdues par ces contournements.

Inflation tarifaire. Les éditeurs SaaS augmentent leurs prix régulièrement. Sur 5 ans, l'addition peut doubler.

Le vrai coût total du sur mesure

Symétriquement :

Maintenance. Un outil sur mesure coûte 15 à 25 % de son coût initial par an, en moyenne, pour rester à jour (sécurité, dépendances, petites améliorations).

Documentation et onboarding. Pour qu'un nouvel arrivant puisse prendre la main, il faut documenter. C'est un investissement souvent sous-estimé.

Évolution. À chaque nouveau besoin, il faut le développer.

La solution intermédiaire : SaaS + couche custom

Souvent, la meilleure réponse n'est ni l'un ni l'autre. C'est :

SaaS pour 80 % du besoin (compta, CRM, paie) + développement sur mesure pour les 20 % spécifiques (un module qui automatise vos particularités, connecté aux SaaS via API).

Cette approche cumule les avantages : le SaaS gère le commun, vous investissez là où ça vous différencie.

C'est ce que nous faisons sur la majorité de nos projets : on n'invente pas l'eau chaude. On code uniquement la partie qui n'existe pas, et on connecte au reste.

La grille de décision en pratique

Critère Pousse vers SaaS Pousse vers sur mesure
Besoin standard du marché
Différenciation stratégique
Faible nombre d'utilisateurs (<20)
Volume élevé (>50 utilisateurs)
Intégrations multiples
Évolution rapide du métier
Budget limité
Souveraineté des données

Si vous êtes 4-3 ou 5-3, le débat est sain. Si vous êtes 7-1, la décision est claire dans un sens ou dans l'autre.

Comment démarrer

Avant de signer un SaaS ou de lancer un dev, posez 3 questions à un expert externe :

  1. "Y a-t-il un SaaS qui fait déjà ce que je veux à 80 % ?"
  2. "Quel serait le coût d'un développement sur mesure équivalent ?"
  3. "Sur 5 ans, quel coût total ?"

C'est exactement ce que produit un audit court — en 1 à 2 semaines, vous avez la réponse chiffrée.

Discuter de votre besoin →

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